Comment se croûter à la piscine entre midi et deux, tout en gardant un minimum de contenance ?
J'avoue que l'exercice est ardu.
J'étais pourtant plein d'entrain et de bonne volonté les minutes précédentes.
Mais mon karma allait changer de direction.
Et mon karma allait même saigner dans l'eau. J'appelle ça un putain de chakra-nado... (à vos références, les cinéphiles).
Tout est allé si vite et si doucement en même temps que ça ressemblait à du Matrix.
Un meurtrier dans l'âme avait-il laisser goutter son tahiti-douche
saveur noix de coco sur la margelle, que l'effet papillon déjà se
mettait en marche.
Un pas en avant et il ne m'en fallait pas plus pour partir en coconut-planning à 2m de l'échelle du petit bassin.
Elle était pourtant à portée de main la fourbe.
C'est vrai que si je l'avais attrapée au vol, d'une main désinvolte,
elle aurait sauvé une partie de mon anatomie et probablement la totalité
de mon amour propre. Mais...
Mais la vie est une chienne, et ce jour là elle s'appelait Milou.
À 10 cm près je ratais la barre de l'échelle
et entamais doucement mais sûrement ma chute.
Le temps s'est arrêté à ce moment là, comme une goutte en suspend.
Les bruits paraissaient éloignés, le sol se rapprochait, je croisais ce
que je pouvais dans mon slip de bain, comme pour conjurer le mauvais
sort.
A ce stade on pourrait penser que c'était perdu d'avance.
Mais sache que c'est dans les moments extrêmes que tes réflexes et ton
mental de winneur-swimmeur viennent à ton secours. Et après des années
d'assiduité aux cours d'arts martiaux, les mouvements ressurgissent
d'une zone cachée de ton cortex comme par magie. Tu deviens rapide, tu
deviens souple, tu comprends ton environnement, ton corps est une arme.
Tu es enfin prêt à sortir ton ura-mawachi, tu saisis les subtilités de ton heian shodan.
Fort de ces connexions neuronales, je décidais donc de rattraper in extremis
la barre arrondie de l'échelle avec la seule partie de mon corps restant accessible à ce moment là, à savoir...ma glotte.
Alors, c'est vrai que la théorie shaolin qui consiste à parer les
attaques adverses avec son cou existe vraiment, bien que son succès soit
peu démontrable face aux assauts à la hache.
Mais nous parlons là
de théorie, quand en pratique, je m'exercais plutôt régulièrement dans
les temples de buffets chinois à volonté.
Ça crée un décalage entre
la théorie et la pratique, certes, mais rien n'est perdu pour autant.
En effet, à trop manger de beignets de crevette, la partie de mon goitre
devenue souple a pu amortir le choc un minimum pendant que mon pied
continuait à glisser sur une surface évoluant de glissante à tranchante,
un peu comme une délicate pomme de terre passant d'une poêle huilée à
une mandoline de foire expo (livrée avec ses 40 accessoires, et pas cher
Mesdamezémessieurs).
Je finissais donc ma course empalé par le cou
sur une échelle de piscine, comme un ceintre accroché dans une armoire
trop vide. Seul, froid, les épaules tombantes, un peu comme lui (avec
une pensée pour Desproges).
Je restais une seconde en quasi grand
écart, pendu à ma barre, en un savoureux mélange de Jean Claude Van
damme, Mitch Buchannon et Casimir, avant de me hisser sur mes jambes
dans un élan de décontraction totalement feint.
A la question qui me fut posée par un nageur à bonnet moche : "Ça va, vous ne vous êtes pas fait mal ?"
Je répondais un victorieux : "Ha j'ai failli tomber huhuhuhu" Avant
d'entamer une quinte de toux à la Dark Vador post chimio et de
m'approcher du bord en boitant.
Puis je me glissais dans l'eau
chlorée et heureusement désinfectante afin d'entamer quelques longueurs
tel un atlante désabusé, quand même moins proche d'un Jason Momoa que
d'un Carlos.
Cela ne m'aura pas empêché de faire mes longueurs
comme un valeureux guerrier, les douleurs au cou et au pied se dissipant
entre les crawls et les brasses coulées.
Après mon entraînement
visant plus à me cacher dans l'eau qu'à me muscler, je décidais de
sortir par là où j'étais entré, à savoir par l'échelle de la muerte
comme on l'appelle maintenant.
En sortant je repérais sur la dalle
de mosaïque bleu un bout de knacki sauce tomate. Étrange. Je ne me
rappelais pas avoir croisé un vendeur de hot-dog.
Et si c'était le cas j'aurais passé commande.
Mais oui...bien-sûr...je compris avec retard que c'était un bout de moi
par terre, un bout de mon gros orteil devenu moyen orteil pour le coup,
ou pour le cou.
Un peu comme une morale à cette triste histoire : "oeil pour oeil, orteil pour cou".
Un peu comme une offrande à Neptune pour payer son accès à l'eau
préalablement javélisée par son pote sol-carlus (oui j'aime les
vieilles pubs).
Un peu comme une semaine de janvier qui commence par un lundi de merde...
Par Fab le poêêêête môôdit
Auteur du très célèbre "L'envolée des Chicken dips" et "Témoignages mes moignons"
Auteur de recueil "Tes cerises dans mon panier"